Partagez | 
 

 [Quête] Catabase

Aller en bas 
AuteurMessage
Anumeh Kherkzs
Blu (Ingénieurie) - Rang 4
Blu (Ingénieurie) - Rang 4
avatar

Messages : 85
Date d'inscription : 15/02/2016
Age : 21
Localisation : Le SUD

MessageSujet: [Quête] Catabase    Dim 8 Mai - 12:28

I - Feu et cendre



‘’ Où est Glenn putain? Saloperie on n’y voit rien !
-Il est devant, t’arrête pas !
-Mais pourquoi il répond pas à la radio?
-Qu’est-ce que j’en sais ? Ferme-la et avance merde ! ’’

Les voix hurlées pour se faire entendre étaient écrasées par le tonnerre apocalyptique qui déchaînait sa rage. La terre grondait tel un dieu en fureur, la cendre et la suie pleuvaient à en obscurcir le ciel, des coulées de feu répandaient leur emprunte mortelle de tous côtés. Au cœur de cette tempête destructrice se mouvaient deux petites silhouettes, isolées, tentant de retrouver leur groupe dans la fumée noire et brulante qui se déversait en torrent le long de la pente. Elle les aveuglait, leur cuisait la peau, s’infiltrait dans les moindres interstices de leurs vêtements, trouvait ses voies pour planter ses lames ardentes, pénétrait leurs gorges et leurs poumons et les y torturait à les en faire pleurer de douleur.
Ils titubaient, peinaient à mettre un pied devant l’autre. Chaque mètre parcouru leur semblait un effort titanesque, chaque minute une heure. Leurs pieds cherchant des prises stables sur le sol tremblant, leurs sens à l’affut dans la pénombre et le vacarme, ils progressaient, lentement, machinalement, pièces de chair futiles et fragiles face à des forces qui les dépassaient. Quelques fois un geyser éclatait non loin, à d’autres une giclée de lave s’élevait à la verticale entre les fissures. Mais ils y prêtaient de moins en moins attention. Plus le temps passait et plus leurs actes devenaient mécaniques, automatiques, moins pensés : ils ne pensaient plus. Ils ressentaient seulement. Se contentaient d’avancer, de fuir vers un miracle impossible, jusqu’à ce que, d’une manière ou d’une autre, cette éternité d’enfer soit terminée.

Quelque chose les tira de leur torpeur. Une masse de forme humaine étendue sur un rocher. Ils se mirent à courir jusqu’à elle, trouvant de la force dans la peur de ce qu’ils allaient trouver ; l’une des silhouettes l’attrapa et la retourna sur le dos.
‘’Putain… Non putain !’’
C’était Glenn, inanimé, toute sa moitié droite calcinée jusqu’à l’os. Son visage semblait encore crier, comme si l’instant de sa mort était si soudain et brutal qu’il avait capturé son ultime geste. Son ami se laissa glisser, serrant le cadavre dans ses bras, et se mit à sangloter.
‘’Relève-toi, on se tire d’ici.
-…
-Ho, bouge merde !
-Ca sert à rien, on va crever…’’
Un poing lui percuta la mâchoire si fort qu’il s’en étala en sol. Sa camarade le releva de force aussitôt et le tira en avant – sonné, il ne résista pas et tenta de suivre. Mue par une rage nouvelle face au cadavre de leur collègue, elle avait décidé que tel ne serait pas son sort.
Qu’elle continuerait jusqu’au bout.




Malgré une partie de sa lucidité retrouvée, elle ne sut combien de temps supplémentaire il leur fallut pour trouver cet abri. Ils avaient croisé une grande ouverture vomissant un torrent de cendres et de poussière, et bien qu’ils ne puissent y rentrer, l’irrégularité du terrain à cet endroit créait une petite zone d’air stagnant, isolé, se mélangeant moins au nuage noir.
Ils s’y étaient terrés, recroquevillés, et ils attendaient à présent, serrés dans les bras l’un de l’autre sans un mot rien que pour se sentir encore en vie. Leurs voies respiratoires et leur peau les faisaient toujours souffrir, et ils ne savaient eux-mêmes s’ils espéraient encore, mais ils se contentaient d’attendre.

Soudain, une grande silhouette les surplomba. Sortant du gouffre béant, en plein dans la coulée de fumée, la forme humanoïde se tourna vers eux et, avant qu’ils n’aient pu réagir, se pencha et les agrippa avec force pour les faire se lever avant de les tirer dans la caverne. Hébétés, ils se courbèrent sous le retour au cœur du flot ardent, mais se laissèrent faire, trouver quelqu’un en vie étant un miracle pour eux.
Remontant le courant, ils bifurquèrent bientôt dans l’ouverture d’une autre galerie, dans la paroi, où le torrent d’air ne circulait pas : un autre abri. Plus isolé encore. Ils traversèrent un tunnel sombre, et débouchèrent sur une salle naturelle faiblement éclairée par quelques lampes torches. Tout autour, ils reconnurent les personnes qui se trouvaient là : c’était leur équipe ! Ils les avaient retrouvés !
‘’Glenn Conrad n’était pas avec vous ? ‘’ demanda la voix enraillée de celui qui les avait guidés, retirant ses lunettes.
C’était leur meneur, Anumeh Kherkzs.



~~o~~




Anumeh faisait les cent pas devant la paroi, le bruit de ses bottes résonant dans la caverne. Cela fait bientôt une journée entière qu’ils étaient coincés ici. La sortie du tunnel s’était effondrée ! L’éboulis, massif, prendrait plusieurs jours à être dégagé, un temps qu’ils ne possédaient pas.
Il jeta un œil à SU012. Toujours inactif, rien de nouveau. En même temps qu’espérait-il, que le robot allait détecter des secours derrière cette paroi, alors qu’absolument rien au monde ne pouvait indiquer leur présence ? Mais malgré l’aspect idiot de cet espoir, le Daru le gardait légèrement, presque à son insu, et ne pouvait s’empêcher de vérifier machinalement.

Quelle ironie, attendre des secours alors que c’était censé être eux, les secours. Ils avaient reçu d’Arancioni, par le biais du système de télécommunication tout juste mis en place, un signalement de la disparition d’une trentaine de marchands, dont beaucoup de bluiens, suite à une éruption. Les hommes-bêtes considéraient l’affaire perdue, mais une équipe de secouristes volontaires fut envoyée de Blu au plus vite par les plus rapides moyens de transport, qui comprenait Anumeh : la mention d’une vieille rencontre parmi les potentielles victimes l’avait touché personnellement.
Le volcan était recensé et étudié, il était censé rester inactif plusieurs semaines après l’éruption, et pourtant… C’était la première fois qu’il reprenait de l’activité si vite, selon les dires de leur guide rossoise. ‘’Cependant et heureusement, ces éruptions successives sont bien moins violentes que ce à quoi ce monstre-là nous a habitué : s'il crachait aussi fort que d’habitude, nous serions tous morts à l’heure qu’il est. Bienvenue à Rosso.’’ avait-elle ajouté.

Le Daru s’arrêta, retourna dans le conduit latéral et regarda tout le monde. Jedun Da’Caprem prenait soin de Bjorn Soflokis, toujours inconscient, lui étalant du baume dans le dos là où une giclée de lave l’avait touché. Namarulokip, l’alien à la peau dorée et écailleuse, dormait non loin. Gudrùn Gunar, la guide rossoise, semblait perdue dans ses pensées tandis qu’enfin Li Nao, la dernière rescapée de la veille arrivée avec Jedun, nettoyait la suie couvrant les foulards au travers desquels ils avaient respiré. Elle toussait fréquemment, et semblait cracher du sang. Tous étaient dans un sale état, mais au moins ils étaient en vie : ils en avaient perdu trois la veille. Plus un des robots secouristes.

‘’Préparez-vous, ordonna Anumeh après avoir éclairci sa gorge douloureuse. On laisse tomber, on part chercher un chemin.’’

_________________
Thème:
 

Sans oublier:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Anumeh Kherkzs
Blu (Ingénieurie) - Rang 4
Blu (Ingénieurie) - Rang 4
avatar

Messages : 85
Date d'inscription : 15/02/2016
Age : 21
Localisation : Le SUD

MessageSujet: Re: [Quête] Catabase    Sam 14 Mai - 13:34

II - Isolation


Pour la première partie:
 


Prendre le chemin de droite, toujours, encore. Toujours. Jamais la gauche, sauf quand impossible, ne pas se perdre au milieu, toujours la paroi de droite. Interminable marche.

Cela faisait plus d’une journée que l’équipe avançait à travers les galeries sèches et chaudes. En silence, file indienne, péniblement, affaiblis, ne s’arrêtant que pour dormir dans un coin où la fournaise était plus douce. Les heures s’étiraient, le temps semblait long dans leur lente progression. Pas à pas. Pied devant l’autre, pied devant l’autre. Trébucher sur une pierre. Se relever. S’éponger. Sans un mot, sans un son, bruit des bottes étouffé par le fin tapis de poussière noire omniprésent qui se soulevait en petits nuages. Elle s’infiltrait dans les chaussures, collait à la peau moite. Pas le moindre signe de vie.
Gùdrun la rossoise marchait en tête, accoutumée à cet environnement. Venait ensuite Anumeh, puis SU012 portant Bjorn toujours inconscient sur son dos avec un harnais. Namarulokip suivait derrière, devant Li et Jedun qui fermaient la file.



Grande galerie aux murs recouverts de joyaux. Les faisceaux des lampes torches léchaient les cristaux, qui les réfléchissaient de mille couleurs sur les parois sombres dans la pénombre. Gùdrun tenta sans trop y croire d’en retirer. Ils étaient trop solidement encastrés.

Plusieurs heures passèrent. Les parois s’espaçaient. Se vidaient petit à petit des joyaux.

Ils continuaient. Il n’y avait plus de joyaux du tout à présent, seulement un gouffre béant au milieu de la galerie. Ils longeaient le mur de droite, sur un passage d’un mètre de large, les lumières des lampes torches fouillaient l’abîme, cherchaient un fond, ne faisaient que se noyer dans le vide noir. La paroi de gauche était à présent trop loin également. Et ils marchaient, encore, silencieux.

Combien de temps? Deux heures? Trois heures? Plus? Ce gouffre, cette oppressante gueule grande ouverte était sans fin. Le chemin semblait se rétrécir petit à petit. Li toussait.

Des petites galeries latérales commençaient à parsemer le mur droit. Bien trop petites pour y entrer. Le chemin au bord du gouffre sans fond était réduit à une trentaine de centimètres de large.

Le temps passa, les ouvertures dans la paroi étaient plus nombreuses et plus grandes. L’une d’elles fut suffisamment accessible. Ils escaladèrent pour l’atteindre, soulevèrent SU012 et Bjorn à l’aide de cordes, par manque d’agilité du robot, et s’enfoncèrent accroupis dans l’étroit boyau.
Et ils marchaient.
Encore.
Silencieux.



~~o~~



Anumeh s’affala sur le sol, soulagé de s’accorder enfin une pause. De plus, il n’y avait presque plus de poussière au sol dans ces petites galeries, et elles s’étaient légèrement espacées depuis une heure.

Gùdrun et Namarulokip firent de même, mirent leurs lampes torches en mode lanterne afin d’éclairer doucement dans toutes les directions et les posèrent au sol. Aussitôt Jedun et Li détachèrent Bjorn du dos de SU012 et l’allongèrent sur le ventre pour le déshabiller et s’occuper de sa blessure. Anumeh jeta un œil alors qu’ils retiraient le vieux bandage : ce n’était pas beau à voir.

Malgré sa fatigue il se força à se relever et aller chercher tous les sacs pour les réunir et faire l’inventaire de leurs provisions. En dépit de leur rationnement rude ils avaient déjà consommé la moitié de l’eau et il ne restait plus que trois litres.
Pour la nourriture cependant, les barres énergétiques tiendraient une semaine à ce rythme.

Personne ne parlait, si ce n’était Li et Jedun qui murmuraient pour soigner Bjorn. Le choc sans doute. Ils venaient de sortir de l’enfer du vacarme et du feu, avant de se retrouver enfermés dans celui de l’obscurité et du vide. Le contraste brutal et le silence laissait chacun à sa dose d’émotions, ses pensées, ses peurs par rapport à ce qu’ils venaient de vivre. Ils étaient déjà isolés au cœur de la terre et du silence, et ils s’isolaient encore plus entre eux dans un cercle vicieux.
S’ajoutait à cela les pertes de l'avant-veille qui leur pesaient sur l’esprit: la plupart de ces gens se connaissaient, étaient collègues, amis, et de plus venait le sentiment de culpabilité, qui leur disait que peut-être ils auraient pu les sauver. Mais qu’ils avaient péri.
Les exceptions étaient Gùdrun qui se gardait d’afficher la moindre émotion, probablement volontairement, et SU012 qui possédait le même degré d’intelligence qu’une calculatrice.

Anumeh but une gorgée d’eau et retourna s’assoir contre un rocher. Il s’endormit aussitôt.


_________________
Thème:
 

Sans oublier:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Anumeh Kherkzs
Blu (Ingénieurie) - Rang 4
Blu (Ingénieurie) - Rang 4
avatar

Messages : 85
Date d'inscription : 15/02/2016
Age : 21
Localisation : Le SUD

MessageSujet: Re: [Quête] Catabase    Jeu 26 Mai - 13:56

III - Kravers




Un cri, un râle, une giclée de sang lui éclaboussant le visage, réveillèrent brusquement Anumeh qui releva la tête pour voir Gùdrun chuter, le torse explosé et perforé. Morte avant même de toucher le sol, les yeux exorbités, son corps révéla après sa chute ses meurtriers arrivant derrière elle : des créatures humanoïdes mais à l’apparence absolument monstrueuse. Pas de visage, seulement cet œil, et cette apparence robotique malgré une certaine fluidité organique. Anumeh ne perdit pas une seconde alors que la tête du meneur se tournait vers lui : il sauta sur ses pieds et hurla de courir à qui serait réveillé. Alors qu’il courrait à l’abri derrière un rocher, un tir le manqua de peu et alla percuter la roche, s’évanouissant alors sans le moindre effet.

Il regarda autour de lui : Jedun venait de se mettre à l’abri derrière un autre rocher, et Li qui émergeait tout juste de son sommeil fut brusquement tirée au sol par la jambe par son ami. Namarulokip s’était placé debout derrière le robot, portant Bjorn sur son épaule. L’étroit couloir laissait tout juste la place à trois créatures en première ligne, les tirs pleuvaient mais semblaient totalement inoffensifs sur les surfaces de métal et de pierre, et l’alien doré était efficacement protégé par son bouclier de fortune alors qu’il se déplaçait lentement pour rejoindre les autres.

Le Daru empoigna son arme à feu de la main droite. Il releva la tête hors de son couvert et visa leurs assaillants, mais alors qu’il s’apprêtait à tirer, il fut bloqué par la vision de ceux-ci : ils étaient trop humanoïdes, semblaient trop intelligents. Il voulut se concentrer, il avait entendu parler de ces créatures et savait qu’elles ne feraient pas de quartier, mais ses mains tremblèrent, puis ses bras, et il ne réussissait pas. Il ne pouvait pas.

Namarulokip arrivait à portée des abris, mais un tir réussit à lui toucher la jambe gauche qui explosa dans une gerbe de sang brunâtre. Il tomba de tout son long dans un cri avec Bjorn, juste à côté d’Anumeh, et tenta aussitôt de ramper aidé par le Daru.
"Vous devez courir ! Qu’est-ce que vous branlez ?
-On vous prend avec nous Namarulokip, l’interrompit Anumeh, vous…
-Je suis déjà mort, mon espèce cicatrise mal, j’en ai pour une heure max quoi qu’il arrive. Autant que je ne cause pas la mort de quelqu’un d’autre."
Le dirigeant le regarda intensément durant plusieurs secondes, tendu. Il fallait prendre un décision très vite, sachant que dans tous les cas, elle serait horrible. Finalement, il lui donna son révolver.
"Vous ne serez pas oublié.
-Je vous couvre, répondit-il simplement."
Le blessé se pencha alors sur le côté du rocher pour tirer et fit feu.

Anumeh se releva en position accroupie, jeta Bjorn sur son épaule gauche et fit signe à Jedun et Li de bouger. Ils coururent, penchés d’abord, puis tournèrent à un angle et accélérèrent, fuyant le plus vite possible.  Le vacarme des armes s’estompait à mesure qu’ils s’éloignaient.







[HRP: j'avais oublié de lancer les dés donc je l'ai fait IRL, mais les morts on été en partie tirées au hasard]

_________________
Thème:
 

Sans oublier:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Anumeh Kherkzs
Blu (Ingénieurie) - Rang 4
Blu (Ingénieurie) - Rang 4
avatar

Messages : 85
Date d'inscription : 15/02/2016
Age : 21
Localisation : Le SUD

MessageSujet: Re: [Quête] Catabase    Jeu 26 Mai - 14:14

IV - La délivrance au bout du chemin



"Combien de mètres de haut à votre avis ?
-Sept ou huit je dirais."
Anumeh sortit une corde et entreprit d’en faire un lasso. Une fois celui-ci fini, il se releva, le lança dans l’ouverture et tira : le cordage lui revint dans les mains. Il retenta.

Ils avaient alterné course et marche rapide durant des heures, Anumeh et Jedun s’échangeant le transport de Bjorn toujours dans le coma, avant de trouver cette sortie. Débouchant dans une pièce circulaire, ils avaient crié de joie en découvrant le trou d’un peu plus de trois mètres de large au plafond et le ciel nuageux se révélant derrière, laissant entrer un petit peu de lueur du soleil et le bruit du vent. Seulement, les murs étaient parfaitement lisses, et l’ouverture trop haute.

Le lasso continuait à se faire lancer, et encore, toujours, revenait sans trouver la moindre prise. Le geste répétait, ils étaient captés de tout leur être par ce va-et-vient, ne pensant à rien d’autre, gardant cet espoir que l’un des lancers serait fructueux, qu’ils pourraient enfin sortir, pouvoir rentrer chez eux, survivre. Après toutes ces souffrances endurées, ces personnes perdues, cette recherche désespérée dans leur prison de pierre, ils y étaient. C’était bientôt fini. Ce devait l’être, il ne pouvait en être autrement.
Le doute commença à s’installer après dix minutes d’échecs. Anumeh eut alors une idée : il déplia son bâton et attacha la corde au milieu pour en faire un grappin. Il le lança et tenta de le caler sur le bord incurvé du trou circulaire. Il glissa lors du premier essai, et le Daru tenta alors de s’écarter sur le côté pour mieux le caler, mais bien que le bâton tienne tout d’abord ainsi, il tombait à chaque fois que quelqu’un tentait de monter à la corde. La peur et la frustration s’installaient de nouveau petit à petit.
Ils tentèrent alors de se porter, d’abord Li debout sur les épaules de Jedun, puis celui-ci montant à son tour sur celles d’Anumeh. Ils tombèrent souvent, et même quand ils réussirent à tenir à trois, Li ne pouvait atteindre le bord, pas même en sautant. Anumeh et Jedun tentèrent alors, tous deux au sol, de la projeter à deux, mais ce n’était toujours pas suffisant.

Une heure. Ils n’y avait aucun moyen d’atteindre le trou, ils avaient tout tenté, et ils s’épuisaient pour rien. Ils ne pouvaient se permettre de s‘acharner ainsi. Ils savaient tous trois ce que cela voulait dire, mais n’osaient pas le faire.
Finalement, après un long silence passé à contempler cette vue cruelle qui se jouait d’eux, Anumeh le fit d’une voix basse.
"Allez… On s’en va."

Jedun, crispé de frustration, se mit à pousser un grand et long hurlement de rage à pleins poumons qui se réverbéra sur les parois et dans les galeries tout autour. Puis, après quelques secondes, il se tut, reprit Bjorn sur son dos tandis qu’Anumeh et Li attrapaient les deux sacs avec lesquels ils avaient réussi à fuir, et, sans un mot, ils s’enfoncèrent de nouveau vers les profondeurs de la terre.




~~o~~




"C’est bel et bien ces cristaux qui refroidissent l’air, déclara Li. Ne les approchez pas trop."
Anumeh se pencha un peu plus près des cristaux couleur d’acier qui sortaient du sol. L’air ambiant des environs était déjà gelé, mais quand il s’approcha, le froid se fit si mordant qu’il recula immédiatement.
"C’est quoi ça ? demanda Jedun. De la matière extrêmement stable ?
-Je n’en sais rien, lui répondit-elle, je n’ai jamais rien vu de tel. Mais c’est probable oui, pour pouvoir être aussi froid."

Jedun prit alors son mouchoir qui traînait dans sa poche, le roula en boule et le lança sur l’un des cristaux. Ils s’attendaient tous à ce que le mouchoir soit totalement gelé en un instant, et ce qui suivit les stupéfia : au contact du papier, la pierre sublima en un clin d’œil. La vapeur qui s’éleva alors fit ressentir une forte vague de chaleur, mais qui fut très vite reconquise par le froid, et le gaz se re-solidifia en petits grêlons en l’air. En retombant au sol, ils se sublimaient de nouveau au contact de la pierre et s’élevaient encore sous forme de gaz, pour recommencer cette boucle plusieurs fois. Seuls ceux tombant sur d’autres cristaux se solidifiaient pour de bon et se stabilisaient.

"La stabilité et l’instabilité extrêmes, commenta la jeune chinoise. C’est fascinant. Et jamais vu, de ce que j’en sais en tout cas. Je vais tenter quelque chose, ne bougez pas."
Elle s’approcha alors de la zone du phénomène et, avant que les deux autres n’aient pu faire quoi que ce soit, sortit un appareil de son sac qui se mit à émettre une lumière verte en direction la vapeur mêlée de grêlons. Puis elle revint, déclarant :
"Voilà, j’ai fait un scan à précision atomique de ce qu’il se passe. Cet appareil était censé analyser des substances toxiques, mais hey, ça marche très bien comme ça. On pourra étudier cette chose quand…"
Elle marqua une hésitation.
"…quand nous serons rentrés chez nous."

Les deux autres opinèrent. Puis ils repartirent.

_________________
Thème:
 

Sans oublier:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Anumeh Kherkzs
Blu (Ingénieurie) - Rang 4
Blu (Ingénieurie) - Rang 4
avatar

Messages : 85
Date d'inscription : 15/02/2016
Age : 21
Localisation : Le SUD

MessageSujet: Re: [Quête] Catabase    Lun 30 Mai - 21:03

V - Seconde salve



La main d’Anumeh dérapa sur la pierre, remonta aussitôt, l’agrippa du bout des doigts. Sa peau saignait et ses bras courbaturés lui faisaient mal, mais il continuait. Cela faisait une demi-heure qu’il escaladait cette paroi, le flanc droit d’un canyon intérieur, perché au-dessus d’une rivière de magma : c’était le seul chemin, ou bien il fallait marcher en arrière pendant des heures qu’ils n’avaient pas.

Il regarda sous lui, éclairé légèrement par la lueur du magma: Jedun suivait de près, un peu plus à droite, Li était plus lente cependant. Ils n’étaient pas cordés, s’ils s’attachaient les uns aux autres, ils risquaient seulement d’être tous emportés si l’un chutait au vu de la maigreur des prises que la paroi offrait. Ils avaient laissé Bjorn et les sacs sur une corniche plus bas attachés à des cordes non tendues, afin de les remonter à la force des bras une fois avoir trouvé des prises plus stables.
Anumeh releva la tête et reprit sa progression silencieuse. Lentement, minute après minute, il parcourrait les mètres qui le séparaient de l’ouverture qu’ils avaient aperçue tout en haut.

"Hey, y’a du mouvement, signala soudain Jedun."
Anumeh regarda autour de lui. Des chauves-souris apparurent dans le gouffre, le traversant dans le sens de la longueur. Rien de bien menaçant. Mais bientôt elles se firent plus nombreuses, passant indifféremment autour d’eux à grande vitesse, leurs cris aigus résonnant entre les murs. Elles furent bientôt accompagnées de petites lueurs, des points colorés de rouge se déplaçant dans la même direction.
Les murs se mirent à vibrer progressivement, un grondement montant des profondeurs, et soudain, une peur immense s’empara des survivants.
"Ca va pas tarder à péter ! cria Jedun. Magnez-vous !"

Il ne se fit pas prier. Aussitôt tous trois se mirent à accélérer le mouvement, presque frénétiquement. Les créatures volantes de toutes sortes se faisaient de plus en plus nombreuses, remplissant le canyon dans leur fuite. Une des lueurs rouges toucha Li sur l’avant bras, lui arrachant un petit cri de douleur alors qu’une flamme venait de s’y embraser. Elle l’écrasa, révélant ce qui semblait être une luciole. Une autre toucha Jedun à la jambe dont le pantalon de mit à s’embraser un petit peu, mais il n’y prêta attention et continua sa course contre le temps.

Le grondement se faisait de plus en plus puissant, le tremblement plus violent. Ils accéléraient toujours, la peur montant crescendo. Une main qui agrippait, une jambe qui poussait, une main qui glissait, agrippait, une jambe qui poussait, encore et encore, toujours plus vite. Mais ils se sentaient toujours trop lents.

Et alors la déflagration leur tomba dessus. Un torrent de fumée les frappa, cinglant, brûlant, bruyant. La puissance du vent poussa Anumeh à cesser de monter et se coller contre la pierre et serrer les doigts et les dents. Il ne pouvait faire le moindre mouvement, seulement rester plaqué, et espérer. Plusieurs minutes douloureuses passèrent, jusqu’à ce qu’une accalmie lui permisse de souffler un peu et que la fumée se dissipe. Et il fut frappé par ce qu’il vit.
Jedun se trouvait trois mètres sous Anumeh, tenant bon, mais Li avait disparu.

Seule la rivière de flammes, le niveau rehaussé de plusieurs dizaines de mètres, venait lécher la pierre non loin sous leurs pieds.

Jedun se mit à sangloter. Anumeh redescendit à son niveau alors que le grondement remontait de nouveau petit à petit.
"Allez, on continue, dit-il d’une voix vide. On continue."

_________________
Thème:
 

Sans oublier:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Anumeh Kherkzs
Blu (Ingénieurie) - Rang 4
Blu (Ingénieurie) - Rang 4
avatar

Messages : 85
Date d'inscription : 15/02/2016
Age : 21
Localisation : Le SUD

MessageSujet: Re: [Quête] Catabase    Lun 30 Mai - 23:13

VI - Peu importe la fin




Anumeh et Jedun coururent dans le conduit, le grondement se faisant de plus en plus pressant. La terre tremblait, les pierres roulaient, les lumières des lampes torches s’agitaient dans tous les sens.
Une autre déflagration éclata, mais le torrent de fumée ne s’engouffra pas dans ce conduit. Ils continuèrent leur course durant un long moment, et finalement s’arrêtèrent dans un espace plus dégagé. Il s’affalèrent par terre.

« Putain de merde… gémit Jedun. Putain de merde ! »
Anumeh le regarda sans savoir quoi dire, toujours essoufflé.
« Mais merde merde merde ! Non ! Elle est… Li… Putain… »
Le jeune homme regardait fixement ses mains sans raison.
« Et Bjorn… Merde… »
Le silence retomba et ils ne dirent mot pendant plusieurs minutes. Le calme devenait de plus en plus oppressant en comparaison à l’horreur qu’ils venaient de vivre et tentaient d’assimiler.

« On va mourir, reprit Jedun à voix basse.
-Mais on continuera jusqu’au bout, répondit Anumeh.
-Jusqu’au bout ? Mais à quoi ça nous a amené jusqu’à présent ces conneries !? »
Il s’était levé et mis à crier.
« Elle méritait de survivre, pas moi ! Elle a toujours continué et gardé la volonté de se battre tandis que je désespérais, et qu’est-ce que ça a changé ? Que dalle! Elle est morte avant moi ! Et je vais y passer bientôt et vous avec ! Jusqu’au bout ? Mais le bout mon vieux, on y est déjà depuis qu’on a foutu un pied dans ce pays de merde! »

Anumeh se leva brusquement et vint planter ses yeux dans ceux de l’humain, lui pointant l’index sur le torse.
« On connaissait tous les risques avant de venir ici ! répondit-il. On est venus ici en sachant qu’on pourrait y mourir et qu’on ferait en sorte que ça n’arrive pas, rien n’a changé depuis! Le pire est arrivé mais faisait partie du deal qu’on a passé avec la mort, et oui, on continue ce qui était prévu jusqu’au putain de bout. On tente de sortir de là. »
Jedun se retourna et frappa le mur dans un élan de rage. Posant sa tête contre la paroi, il se tut quelques secondes, reprenant ses moyens.

« Tout ceci reste un vaste désastre. On est venus pour sauver des vies, on s’est retrouvés à ne sauver personne et mourir nous-mêmes.
-Il fallait bien que quelqu’un prenne le risque. Il en valait la peine. »
Jedun se retourna vers le dirigeant.
« Je sais, j’y pensais avant de venir, je me croyais prêt à ça. Partir au cœur du danger en bombant le torse, tel un sauveur de la veuve et de l’orphelin… Ridicule, je n’avais aucune idée d’à quel point j’allais être détruit ici.
-Personne ne pouvait avoir idée. Aucun de nous, ni même… elle, n’est réellement à la hauteur de bien vivre tout ceci. »

Anumeh se rassit contre le mur. Jedun restait debout, dépité.
« Vous semblez plutôt bien le vivre.
-Disons que j’apprends à vivre avec. Non pas en résistant à ce qui m’arrive, mais en acceptant ma condition. Je laisse tout ceci couler à travers moi et m’en imprègne, en sachant d’avance que je dois le faire. C’est ce qui vient quand on est dirigeant d’un peuple, j’ai bien l’impression.
-A force d’être confronté aux côtés sombres de ce monde ?
-Et d’y participer. »

Anumeh laissa quelques secondes de silence avant de reprendre doucement.
« Quand je suis arrivé, j’ai cru pouvoir bâtir une utopie ici. Le monde des rêves qu’on l’appelle, le monde où tout est possible. J’ai petit à petit fini par comprendre que ce ne serait jamais possible. J’ai dû faire des sacrifices, avoir du sang sur les mains. Le désastre du centre de recherches il y a quelques semaines, c’était une horreur, mais il a fallu le faire et je ne le regrette pas. Des gens sont morts, mais je serais prêt à le refaire autant de fois que nécessaire, tout simplement car il le fallait. La limite du possible ne réside pas dans ce monde lui-même, elle réside dans la nature profonde de ses habitants et ce qu’ils sont prêts à s’infliger les uns les autres.
C’est pourquoi je suis ici alors que beaucoup me suppliaient de ne pas venir en personne, me disant que ce n’était pas le rôle d’un dirigeant. Je suis prêt à sacrifier mais pas uniquement les autres : je serai là à prendre les risques avec eux. C’est mon peuple, je suis comme vous tous, avec vous tous. »
Il jeta une pierre au loin.
« Mais je n’y arrive pas encore totalement… J’ai… Je n’arrive pas à faire du mal à un être intelligent même quand c’est nécessaire. Je n’ai pas réussi à tirer sur les Kravers, et peut-être est-ce la raison pour laquelle Namarulokip est mort. Et je m’en veux putain, et si j’avais réussi à me salir les mains un peu plus, il serait peut-être encore là… »
Il était rare qu’Anumeh se confie à quelqu’un qu’il ne connaissait pas. Jedun écoutait en silence.
« C’est mon fardeau. Je vivrai avec, comme toutes les peurs et regrets que j’accumule. »

Le jeune humain était totalement calmé à présent. Il regarda dans le vide, durant plusieurs minutes, méditant, prenant son temps. Après un petit moment, il s’approcha du Daru et lui tendit la main pour le relever.
« Ce fut un plaisir de servir monsieur, dit-il doucement d'une voix posée.
-Ce fut un plaisir de servir également, répondit le dirigeant en attrapant la main et se relevant.
-Allez, peu importe la fin.
-Peu importe la fin. »
Ils se remirent en marche. A pas déterminés, ils s’enfoncèrent dans les cavernes.



~~o~~



« Hey Freydson ! Viens par là voir !
-Qu’est-c’que t’as ? T’as trouvé quelque chose ?
-Deux gars allongés qu’ont pas l’air bien. Leurs poumons ont dû douiller avec la fumée lors des éruptions.
-Merde ce gars bleu là, c’est pas Anomeh ou quequ’chose, le roi de Blu là ?
-Oui putain, parait qu’il était perdu dans le coin.
-Ils sont vivants ?
-Leurs cœurs battent toujours. Ramenons-les à CarboTown, on peut encore les sauver.
-…
-...Tu crois qu’on aura une récompense ? »

_________________
Thème:
 

Sans oublier:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Dead
Rang
Rang
avatar

Messages : 826
Date d'inscription : 11/02/2016
Age : 21
Localisation : A l'aventure !

MessageSujet: Re: [Quête] Catabase    Lun 30 Mai - 23:30

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://l-onirique.forumactif.org
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: [Quête] Catabase    

Revenir en haut Aller en bas
 
[Quête] Catabase
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'Onirique :: Le monde des rêvesTitre :: RossoTitre :: Les mines labyrinthiques-
Sauter vers: